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Bukavu : Quand payer l’école devient un fardeau, entre taux abusifs et rejet des francs congolais

À Bukavu, la question du paiement des frais scolaires et des services de santé prend une tournure inquiétante. Derrière les murs de certaines écoles et structures sanitaires, des pratiques décriées par la population aggravent le quotidien déjà fragile des ménages. L’acteur social David CIKURU tire la sonnette d’alarme.

D’entrée de jeu, il dénonce une situation qu’il qualifie d’injuste et d’oppressante pour les parents d’élèves :

« Certains responsables des écoles et des structures sanitaires font souffrir leurs clients. Surtout dans des écoles, quand les parents vont payer les frais scolaires, il y a certaines écoles qui font payer 1 dollar à 2700 Fc, voire d’autres à 3000 Fc, pourtant ils savent pertinemment que le taux d’échange est, si pas à 2200, donc c’est à 2300 Fc, le taux officiel reconnu. » indique-t-il.

Une pratique qui, selon lui, place les parents dans une position intenable. Ceux-ci se retrouvent pris entre des exigences contradictoires, incapables de suivre un système devenu incohérent :

« Dans ces circonstances, les parents se demandent malheureusement à quel saint se vouer. Ces parents, quand ils vont au marché, s’ils ont des dollars, on leur change au taux de 2300, ce qui est aberrant. » a poursuivi.

Mais la situation se complique davantage lorsque certaines institutions refusent tout simplement le paiement en dollars, imposant le franc congolais tout en appliquant un taux de conversion jugé excessif :

« Aujourd’hui certaines écoles, même des structures sanitaires refusent le dollar et exigent uniquement le franc congolais, et c’est à ce moment-là qu’ils exigent le taux exorbitant. Nous demandons aux autorités de voir comment régler cette situation. » ajoute David CIKURU

Au-delà de la question du taux de change, un autre phénomène suscite l’indignation : le rejet des billets jugés vétustes. Une pratique répandue dans plusieurs services, y compris publics, et qui complique davantage les transactions quotidiennes.

David CIKURU s’insurge contre cette tendance :

« L’autre affaire qui dérange trop, c’est le refus des billets des francs congolais vétustes. Pour refuser ces billets, on leur colle des noms qui n’ont pas raison d’exister, pourtant c’est bien ça l’argent, la monnaie qui circule dans la ville de Bukavu. »

Dans une ville où les billets neufs sont rares, cette pratique apparaît, selon lui, totalement déconnectée de la réalité économique locale :

« À Bukavu, il n’y a pas de billets neufs, comment alors la population doit devoir se comporter ? »

Plus troublant encore, ce rejet s’observe jusque dans certains services de l’État, en contradiction avec les directives existantes.

« Pourtant les autorités de l’AFC/M23 avaient demandé que toute la population accepte les billets en circulation et que personne ne refuse ces derniers. Ce qui malheureusement étonne, c’est le fait que même certains services de l’État refusent ces billets. »

Face à cette accumulation de pratiques jugées abusives, l’acteur social appelle à une intervention urgente des autorités afin de réguler le secteur et protéger les citoyens. Pour de nombreux parents à Bukavu, il ne s’agit plus seulement d’éducation ou de santé, mais d’un combat quotidien pour accéder à des services essentiels sans subir des règles du jeu inéquitables.

Alvin BUZAKI

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